Rendons-nous compte un instant de la chance que nous avons de nos jours. Bien sûr, beaucoup d’entre nous connaissent le stress des dates butoirs, des factures et de la surstimulation. Mais nous prenons souvent pour acquis comment l’espèce humaine a transcendé les affres des dents et des griffes que nos ancêtres ont dû endurer. La nature est un cycle de vie et de mort, une guerre ininterrompue entre un nombre incalculable d’espèces. Notre plus vieille ennemie, la bactérie, aurait bien pu mettre un terme à notre existence par le passé, mais nous avons désormais la chance d’avoir accès à des médicaments capables de l’éradiquer.

Rien qu’aux États-Unis, on dit que les antibiotiques sauvent 200 000 vies chaque année. Mais l’espèce humaine n’est pas la seule à avoir une bonne tendance pour l’adaptation et le dépassement. Certaines espèces de bactéries mutent et développent une résistance. Désormais, les chercheurs étudient de nouvelles sources d’antibiotiques pour contrer ces menaces, certains ont mis le cannabis au centre de leur viseur.

L’importance des antibiotiques

Les antibiotiques sont une arme essentielle dans notre guerre ancestrale contre la vie microbienne. Bien sûr, tous les organismes microscopiques ne nous infligent pas de maladies, l’intestin humain contient des milliers de milliards de bactéries, champignons, et virus qui nous aident à digérer nos aliments et booster notre système immunitaire. Mais de nombreuses autres espèces de microbes ne fonctionnent pas d’une manière aussi symbiotique avec le corps humain.

On retrouve des myriades d’espèces et de souches de bactéries infectieuses. Ces organismes peuvent trouver leur chemin vers le corps humain par de nombreux moyens, y compris par le contact, par l’air ou par les gouttelettes. Par exemple, manger un aliment mal cuit est souvent une porte ouverte à certaines espèces.

Cependant, les infections peuvent survenir sur n’importe quel site du corps. Les symptômes seront soit dus à la bactérie en elle-même, soit à la manière dont notre corps y réagit. Les bactéries varient en pathogénicité (leur potentiel pour provoquer des maladies), seul un petit pourcentage de ces espèces peut provoquer une infection ou une maladie chez les humains, mais nombreuses sont celles qui parmi celles-ci peuvent provoquer de sérieux dommages.

Tous les organes du corps sont susceptibles de souffrir d’une infection bactériologique. Certaines espèces attaquent les méninges (membranes protectrices du cerveau et de la moelle épinière) et provoquent des méningites. Certaines s’attaquent au cerveau et provoquent des pneumonies. Le Staphylococcus aureus, qui occupe généralement la peau, peut pénétrer au sein du corps par le biais de blessures et infecter les valves cardiaques et l’abdomen.

Une Brève Histoire Des Antibiotiques

Heureusement, les antibiotiques nous ont aidés à transformer des infections auparavant létales en gêne mineure. Les maladies étaient en tête des causes de mortalité durant la majeure partie de l’existence des humains. L’arrivée des antibiotiques nous a offert une arme efficace contre ces ennemis invisibles.

Des preuves suggèrent que les humains connaissent le pouvoir des antibiotiques depuis des millénaires. Par exemple, des traces d’antibiotique tétracycline sont présentes dans des restes de squelette humain[1] de la Nubie soudanaise antique et remontent à 350–550 de notre ère.

Cependant, la plupart d’entre nous associent l’émergence des antibiotiques salvateurs à Alexander Fleming et au début de « l’ère des antibiotiques ». Fleming a découvert l’antibiotique pénicilline en étudiant la bactérie Staphylococcus. Après avoir laissé une boite de Petri remplie de cette bactérie près d’une fenêtre ouverte, il retrouve cette boite contaminée par la moisissure. Cependant, cette arrivée fongique avait aussi réussi à tuer la bactérie infectieuse.

Cette découverte révolutionnaire eut lieu le 3 septembre 1928 et on estime qu’elle a permis de sauver plus de 200 millions de vies[2].

Une Brève Histoire Des Antibiotiques

Comment Agissent Les Antibiotiques

Les antibiotiques agissent de deux manières primaires : soit ils aident à ralentir les cellules (bactériostatiques) soient ils les tuent (bactéricides). Les antibiotiques bactériostatiques ralentissent l’activité cellulaire, mais ne provoquent pas directement la mort des cellules. Ils mettent pause à leur capacité à se multiplier, ce qui offre au système immunitaire une grande opportunité pour se débarrasser de l’infection en cours. Ces médicaments réussissent cela en interférant avec la réplication de notre ADN, notre métabolisme et la production de protéines.

Par contraste, les antibiotiques bactéricides tuent directement la bactérie. Ils font cela en empêchant la bactérie de développer une paroi cellulaire, ce qui l’envoie à sa perte. Les antibiotiques à base de pénicilline sont des bactéricides, c’est le cas de la pénicilline V pour les gorges endolories et l’amoxicilline pour les infections thoraciques.

Les antibiotiques diffèrent aussi dans les espèces de bactéries qu’ils ciblent. Certains sont rangés dans la catégorie « spectre large » et attaquent de nombreuses espèces y compris les bactéries bénéfiques qui résident dans nos intestins. Cela peut mener à un déséquilibre du microbiome et de possibles troubles digestifs. Par opposition à ce mécanisme, les antibiotiques à « spectres restreints » sont plus sélectifs quant aux espèces auxquelles ils s’en prendront. Ils n’affectent qu’entre 1–2 type de bactéries, ce qui signifie que nos microbes endogènes continuent à vivre en paix.

  • Bactéries Gram positif vs Gram négatif

Certaines bactéries sont plus résistantes aux antibiotiques et aux anticorps créés par notre système immunitaire que d’autres. Les bactéries tombent sous le coup de deux catégories : Gram positifs et Gram négatifs. Ce nom dérive d’un test de coloration employé pour identifier les espèces de bactéries.

Ces deux types diffèrent selon leurs parois cellulaires. Les bactéries Gram positifs ne disposent pas de membrane externe, ont une paroi cellulaire complexe et une couche peptidoglycane (protéine et glucide) épaisse. Les bactéries Gram négatifs quant à elle, disposent d’une membrane lipide externe et d’une fine couche peptidoglycane. Puisque les espèces Gram-négatives ont une couche externe épaisse, elles sont souvent imperméables aux antibiotiques.

Même si le terme « antibiotique » signifie littéralement « contre la vie », ces médicaments agissent contre une catégorie de microbe en particulier, nommément les bactéries. Les antibiotiques ne peuvent protéger le corps à l’encontre des virus pour plusieurs raisons. Premièrement, les virus pénètrent les cellules de leurs hôtes pour s’y multiplier et les antibiotiques bactériostatiques ne s’attaquent pas aux cellules de leurs hôtes. Deuxièmement, les virus ne possèdent pas de paroi cellulaire, ce qui signifie que les antibiotiques bactéricides n’auront rien à attaquer.

Qu’est-ce que la résistance aux antibiotiques

Les antibiotiques ont sauvé des millions de vies et continuent sur leur lancée. Mais les bactéries refusent de rester là à attendre sans rien faire. Comme toutes les autres formes de vie sur Terre, elles possèdent la capacité de s’adapter face aux menaces et d’assurer leur propre survie. Ce trait a permis à certaines espèces de développer une résistance face aux antibiotiques. La source de ce problème repose dans une chose qui guide le développement de toute forme de vie : la sélection naturelle.

Comme tout autre organisme, les bactéries individuelles développent des mutations aléatoires. Certaines sont fonctionnelles, d’autres sont complètement inutiles. Cependant, de temps en temps, une mutation survient et améliore la capacité de l’organisme à s’adapter et survivre. Certaines bactéries développent des mutations qui les rendent plus résistantes que d’autres aux antibiotiques. Puisque celles qui sont fragiles face aux antibiotiques meurent, celles qui possèdent la mutation bénéfique gagnent en ressources et se multiplient.

Des exemples de telles mutations incluent le développement de la Staphylococcus aureus en SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline) Cette forme de bactérie a développé une résistance face à la méticilline et la pénicilline et a réussi à continuer de développer sa paroi cellulaire face à ces antibiotiques grâce à sa mutation génétique.

La menace de la résistance aux antibiotiques se dessine

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) perçoit la résistance aux antibiotiques comme l’une des plus grandes menaces au développement et à la santé mondiale. Bien que la résistance aux antibiotiques se développe naturellement, l’OMS met au centre de son viseur le mauvais usage d’antibiotiques chez les humains et les animaux comme un facteur pouvant participer de ce processus. De ce fait, ces infections telles que les pneumonies, la tuberculose, la gonorrhée et la salmonelle deviennent de plus en plus difficiles à traiter.

Les individus peuvent aider à inverser ce phénomène en ne consommant que des antibiotiques prescrits par des professionnels de santé et en n’en prenant jamais lorsque cela n’est pas nécessaire. Les professionnels de santé peuvent aussi aider à ralentir la tendance de la résistance aux antibiotiques en refusant de surprescrire ces médicaments.

Les chercheurs jouent aussi leur rôle en cherchant de nouvelles formes d’antibiotiques capables de s’attaquer aux souches mutantes. Mais où cherchent-ils ? Certains regards se tournent vers le cannabis en tant que source potentielle de nouveaux antibiotiques.

La menace de la résistance aux antibiotiques se dessine

Le cannabis est-il un antibiotique potentiel ?

Comment une plante naturelle pourrait-elle possiblement arrêter des bactéries mutantes dans leur lancée. Eh bien, pour commencer, les antibiotiques dérivent des champignons : un groupe d’organismes naturel. Ensuite, les plantes sont engagées depuis des millions d’années dans un combat évolutionnaire contre les bactéries et autres microbes. Elles sont devenues très efficaces dans la production de molécules capable d’éloigner ces pathogènes.

Plus spécifiquement, les plantes se protègent largement en fabriquant des métabolites secondaires. Ces molécules ne sont pas impliquées dans la croissance ou le développement de la plante, mais servent plutôt d’armes chimiques. Le cannabis dispose d’un sacré arsenal, il produit plus de 100 cannabinoïdes et 200 terpènes à cet effet.

Potentiel antibiotique des cannabinoïdes et terpènes

Vous avez surement déjà entendu parler du THC et du CBD. Ces deux célèbres composés chimiques appartiennent à la classe des cannabinoïdes. Cette famille de substance se retrouve aussi au sein d’autres plantes et interface avec le système endocannabinoïde (SEC) présent chez l’humain. Ce SEC est un réseau présent dans tout le corps qui aide à réguler de nombreux autres systèmes physiologiques.

Les chercheurs ont exploré les propriétés antibactériennes des extraits de cannabis et de cannabinoïdes depuis des années. La première étude eut lieu dans les années 1950. Même si les chercheurs ont observé des effets bactéricides, un manque de connaissance quant à la phytochimie du cannabis à l’époque les a empêchés de déterminer les composés actifs.

Cependant, les chercheurs firent une découverte révolutionnaire en 1976, lorsque les actions bactériostatiques et bactéricides du THC et du CBD à l’encontre des bactéries Gram positifs furent découvertes. Des études ont aussi testé les huiles essentielles de chanvre à l’encontre de certaines formes de bactéries.

Ces préparations ont inclus de nouveaux cannabinoïdes et des terpènes tels que le pinène, limonène et ocimène. Ces études ont découvert une activité antimicrobienne modérée à bonne in vitro et ont suggéré qu’un mélange de composés du cannabis pourrait se montrer bénéfique lors de futures recherches sur l’humain.

Ces études se sont concentrées sur plusieurs cannabinoïdes différents en quête de nouveaux antibiotiques. Le THC, principal composé psychotrope du cannabis (qui fait « planer ») semble se montrer prometteur. Des études ont enfin pu explorer son efficacité plus en profondeur et des découvertes publiées dans un article de 2008 justifient une plus ample exploration de ses effets[3] à l’encontre du SARM.

Qu’en est-il des autres cannabinoïdes antibactériens ?

Le THC occupe souvent le premier plan lorsque l’on parle de la recherche sur le cannabis. Bien sûr, son statut psychotrope est encore et toujours un sujet brulant. Bien que certains consommateurs apprécient ces effets, les cannabinoïdes non psychotropes séduisent plus les chercheurs, car ils ne soumettent pas les patients à de tels effets secondaires.

CBD

Le CBD, ou cannabidiol ne provoque pas de high. Au lieu de cela, les consommateurs décrivent des effets limpides qui ne viennent pas troubler les fonctions cognitives. Le CBD est devenu le sujet de milliers d’études explorant ses possibles bienfaits, y compris son action à l’encontre des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Un article publié en 2021 et intitulé « The antimicrobial potential of cannabidiol » (le potentiel antimicrobien du cannabidiol) a indiqué de sérieux progrès[4] dans ce domaine. Les données documentent le potentiel du CBD dans le combat contre les bactéries Gram-négatives posant des « menaces urgentes » telles que la Neisseria gonorrhoeae.

CBG
Avez-vous déjà entendu parler du cannabigérol, aussi appelé CBG ? Sous sa forme acide (CBGA) il est connu sous le nom de « mère des endocannabinoïdes » Cette molécule non psychotrope fait office de précurseur chimique des autres cannabinoïdes, y compris le THC et le CBD. Les chercheurs ont aussi enquêté sur le CBD pour son potentiel antibiotique en le comparant à la vancomycine (médicament employé pour traiter de nombreux types d’infections) durant des études sur des rongeurs atteints du SARM.

Le futur du cannabis en tant qu’antibiotique

Nous faisons face à un besoin urgent pour de nouveaux antibiotiques. Alors que la profession médicale continue de changer sa manière de prescrire ces médicaments, les chercheurs étudient de nouvelles sources d’antibiotiques pour s’attaquer aux souches mutantes. Le cannabis pourrait-il faire office de source pour ces composés ? Nous devrons attendre et voir ce que les études découvriront pour l’application pratique des cannabinoïdes dans le royaume humain.

Sources Externes
  1. A Brief History of the Antibiotic Era: Lessons Learned and Challenges for the Future https://www.ncbi.nlm.nih.gov
  2. One discovery that changed the world | Florey 120 Anniversary | University of Adelaide https://health.adelaide.edu.au
  3. Antibacterial cannabinoids from Cannabis sativa: a structure-activity study - PubMed https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  4. The antimicrobial potential of cannabidiol | Communications Biology https://www.nature.com
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